🦷 Caries dentaires chez le cheval : ce que nous apprend la recherche en 2026

Longtemps sous-estimées, les lésions destructrices des dents du cheval font aujourd’hui l’objet d’une attention croissante. Une étude publiée en 2026 apporte de nouvelles données sur leur fréquence, leur évolution et surtout sur les différences entre les lésions du cément périphérique et celles de l’infundibulum.

Lorsqu’on parle de « caries », on pense spontanément aux dents humaines. Pourtant, le cheval peut lui aussi présenter des lésions destructrices de ses tissus dentaires.

Mais attention : une dent de cheval n’est pas une dent humaine, et les chercheurs rappellent aujourd’hui qu’il n’est pas encore possible d’affirmer que toutes les lésions observées chez le cheval correspondent à une véritable carie au sens de la dentisterie humaine. Leur anatomie, leur composition et surtout leur croissance continue rendent leur évolution particulière.

Une nouvelle étude apporte des chiffres importants

Publiée en février 2026 dans Frontiers in Veterinary Science, une étude menée en Allemagne a porté sur 114 chevaux examinés entre 2021 et 2023.

Les résultats sont particulièrement intéressants :

  • 77,2 % des chevaux présentaient des lésions destructrices du cément périphérique ;
  • 61,4 % présentaient des lésions au niveau des infundibulums ;
  • les lésions infundibulaires étaient significativement plus fréquentes avec l’âge ;
  • les molaires étaient davantage concernées que les prémolaires pour les lésions du cément périphérique.

Ces chiffres ne signifient toutefois pas que trois chevaux sur quatre souffrent d’une maladie dentaire grave. C’est précisément là que l’interprétation de ces résultats devient importante.

Deux types de lésions… et deux évolutions différentes

Sous le terme général de « caries équines », plusieurs phénomènes peuvent être regroupés.

Le cément périphérique

Le cément est un tissu minéralisé qui recouvre certaines parties de la dent. Chez le cheval, il est particulièrement présent sur la couronne clinique des dents jugales.

Des altérations de ce cément peuvent apparaître sous forme de zones décolorées ou de petites cavités. Dans les formes superficielles, ces lésions peuvent avoir une évolution limitée.

La particularité du cheval est liée à la croissance et à l’éruption prolongée de ses dents : le cément exposé à la cavité buccale est progressivement usé et remplacé au cours de la vie de la dent.

Une lésion périphérique superficielle ne doit donc pas être automatiquement considérée comme une atteinte grave ou irréversible.

Les lésions de l’infundibulum : une autre histoire

Les infundibulums sont des structures anatomiques particulières présentes dans les dents jugales supérieures du cheval.

Leur cément possède une structure très spécifique et particulièrement poreuse. Certaines altérations peuvent progresser plus profondément et atteindre la dentine.

C’est ici que la vigilance devient essentielle.

Une lésion infundibulaire avancée peut favoriser une atteinte pulpaire et, dans certains cas, augmenter le risque de fracture dentaire. Elle présente donc une importance clinique différente d’une simple lésion superficielle du cément périphérique.

L’alimentation pourrait-elle jouer un rôle ?

La recherche s’intéresse également aux facteurs susceptibles de favoriser ces lésions.

L’alimentation riche en glucides fermentescibles est notamment étudiée. Certains aliments peuvent favoriser la production d’acides par les bactéries présentes dans la cavité buccale, créant un environnement susceptible de favoriser la déminéralisation des tissus dentaires.

Les études citées dans les travaux récents retrouvent notamment des associations avec certains aliments concentrés et avec le foin d’avoine. À l’inverse, une alimentation basée davantage sur le pâturage a été associée à une prévalence plus faible de certaines lésions périphériques.

Mais là encore, il serait réducteur de désigner un aliment comme unique responsable.

L’apparition et l’évolution des lésions dentaires résultent probablement de plusieurs facteurs : anatomie de la dent, âge du cheval, alimentation, environnement buccal, salive et caractéristiques individuelles.

Pourquoi la prévention reste essentielle

Ces nouvelles données rappellent une chose fondamentale : un cheval peut présenter des anomalies dentaires sans montrer immédiatement de signes évidents de douleur ou de gêne.

Le cheval est particulièrement doué pour masquer son inconfort. Une modification de la mastication, une perte d’efficacité alimentaire, du foin qui tombe de la bouche, une difficulté avec le mors ou encore une modification du comportement peuvent parfois être les premiers signes visibles d’un problème.

C’est pourquoi l’examen dentaire ne doit pas se limiter à rechercher les fameuses « surdents ».

Il doit permettre d’observer l’ensemble de la bouche : l’état des dents, leur usure, l’occlusion, les espaces interdentaires, les anomalies de structure et les éventuelles lésions suspectes.

Observer… mais aussi savoir orienter

La dentisterie équine moderne ne consiste pas uniquement à corriger les déséquilibres dentaires.

Elle repose également sur la prévention, l’observation et le dépistage.

Lorsqu’une anomalie paraît profonde ou présente un risque particulier, un examen complémentaire peut être nécessaire. Dans certaines situations, la radiographie ou la tomodensitométrie (scanner) permettent d’aller au-delà de ce qui est visible directement dans la bouche.

Une lésion suspecte, une fracture, une atteinte pulpaire ou une infection doivent alors faire l’objet d’une prise en charge vétérinaire adaptée.

Une dentisterie qui évolue avec la science

Les connaissances en dentisterie équine progressent rapidement. Les recherches récentes nous permettent de mieux distinguer les différentes lésions, de mieux comprendre leur évolution et surtout de ne plus considérer toutes les anomalies dentaires sous une seule et même appellation.

L’étude publiée en 2026 souligne notamment que les lésions du cément périphérique et celles de l’infundibulum doivent être considérées comme deux affections distinctes, avec des conséquences cliniques différentes.

Cette distinction est importante pour le professionnel comme pour le propriétaire : voir une anomalie ne signifie pas nécessairement qu’il faut intervenir de la même manière sur chaque dent.

La priorité reste toujours de comprendre ce que l’on observe, d’évaluer son évolution et d’adapter la prise en charge au cas par cas.

🐴 Prévenir plutôt que subir

La santé bucco-dentaire du cheval mérite donc une attention régulière, même lorsque tout semble aller bien.

Un examen réalisé dans le cadre d’un suivi préventif permet de détecter plus précocement certaines anomalies, de surveiller leur évolution et, lorsque cela est nécessaire, d’orienter le cheval vers le vétérinaire pour des examens ou des soins complémentaires.

Une bonne dentisterie, ce n’est pas seulement corriger ce qui gêne aujourd’hui.
C’est aussi savoir observer ce qui pourrait poser problème demain.


Source principale : Häußling M.P.P. et al., « Equine dental destructive disorders: an epidemiological survey in northern Germany », Frontiers in Veterinary Science, 17 février 2026, 13:1706621. L’étude porte sur 114 chevaux examinés en Allemagne entre 2021 et 2023. Elle ne permet pas d’extrapoler directement ses taux de prévalence à l’ensemble de la population équine mondiale.